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Soucoupes: Un certain homme d’un 3ème testament rose de joie profond.

certaincouvDécidément; les titres de ces chroniques ne veulent plus rien dire avec le temps. Approchez ! Approchez Mesdames & Messieurs ! ils sont beaux, ils sont frais mes albums. A peine sortis de chez l’imprimeur qu’ils nous ont tout droit été menés à dos de triporteur,et oui ma bonne dame, le char à boeufs c’est dépassé, en tout cas il se faisait beaucoup dépasser et les nouvelles n’étaient plus d’une grande fraîcheur, et puis aujourd’hui nous sommes à l’air écolo, nos triporteurs nantais sont électriques et du même coup silencieux… oui mais lorsqu’il faut tout de même déplacer l’équivalent de 2 ou 3 palettes et les porter du vélo jusqu’à la boutique, on peut distinguer le doux râle du transporteur qui commence à maudire les beaux jours et le retour des grandes chaleurs.

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Les grandes grandes chaleurs, nous allons y avoir le droit, et croyez moi, cela va cogner. Christian Lax, le retour, seul aux rênes de ce fier destrier qu’est Un certain Cervantès qui sort des écuries Futuropolis. Un pur-sang est lâché en librairie, une histoire en un-coup, un road-trip dans les grandes étendues américaines, une quête qui n’apparaîtra qu’aux yeux de Mike Cervantès, le genre d’histoire que l’on écoute, halluciné, doutant de la véracité des propos du narrateur, un petit peu comme pour le film ô Brother des frères Coen, quand on assiste en tant que spectateur à la scène, tout parait crédible ou justifiable, lorsque l’on vous raconte ce qui s’est passé, on y croit pas une seconde ou bien on s’inquiète pour la santé mentale du narrateur.

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Mike Cervantès, américain moyen, a bosser pendant un temps comme figurant dans une espèce de parc pour touristes souhaitant découvrir le Far-West. Il a toujours eu du mal a s’intégrer, à gérer les abus d’alccol ou de Marijuana, et après quelques petits séjours de détentions ou de dégrisements, le voici en mission pour l’oncle Sam en Afghanistan. Son véhicule tombe dans une embuscade, il est le seul rescapé et se retrouve aux mains de ses ravisseurs, attendant une éventuelle rançon. Mike est blessé à la main, la gangrène le guette, mais qu’à ne cela ne tienne, la perspective de pouvoir s’échapper l’aide à tenir. Pourquoi une telle mise en matière de la part de Christian Lax ? En présentant Mike de la sorte, l’auteur introduit également le parcours de Miguel Cervantès, qui lui aussi, au cours des croisades, connu la détention, la mutilation de sa main, les tentatives d’évasion, le temps à la réflexion.

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Mike va rentrer à la maison, tenter de se réintégrer dans la société, retrouver l’usage de sa main perdue à l’aide d’une prothèse, il aura essayé… A partir de là, c’est avec l’oeuvre de Miguel Cervantès, Don Quichotte de la Mancha, et le parcours grand-guignolesque de son personnage Don Quichotte, qu’il faut faire un parallèle avec le chemin que prend Mike. C’est une course éperdue dans l’Ouest Américain, un récit fort, écrit avec une grande habileté, décrivant avec justesse les moments de lucidité et ceux de dérive de Mike, ses discussions avec Miguel, y’en a qui font des grossesses nerveuses, Mike lui fait son Don Quichotte nerveux. Une très grande qualité d’écriture et un très beau rapport à l’oeuvre d’origine, une belle façon d’une nouvelle fois nous dépeindre l’âme humaine.

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Et lorsque l’on veut étudier l’âme humaine, qu’en est-il de l’avis de spécialiste du genre, tels nos amis les extra-terrestres ? Si souvent boudés, niés, décriés, il n’empêche qu’il y a un paquet de gens à prétendre avoir eu une sonde dans le …fondement, et personnellement ce n’est pas le genre de secret que je partagerai en premier avec des inconnus.

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Soucoupes de Obion & Le Gouëfflec, aux éditions Glénat. Cela commence toujours de la même manière, on prépare tranquillement le thé et les petits gâteaux sur le plateau, on prend la direction du salon en prenant garde de ne pas oublier les patins afin de ne pas rayer le parquet, on rejoint maman, coincée devant la télé, le chat sur les genoux et le châle sur les épaules, et CRAC !! Vl’à t’y pas qu’un olibrius vous annonce que nous vivons gnagnagna un moment historique gnagnagna sans précédent gnagnagna extraterrestre gnagnagna bienvenue… Christian n’en a cure, les extraterrestres d’accord, mais du moment qu’ils restent chez eux.

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Christian a eu une idée arrêtée sur tout, pas de mauvaises surprises, pas de niaiseries ni de rêveries: « Les étoiles c’est pour les gogos ». Dans sa boutique où tout est bien rangé, bien ordonné, un de ces fameux extraterrestres vient de rentrer, et ses premières paroles ont déjà dont d’exaspérer Christian, venir sur terre, rentrer chez le premier disquaire venu et lui demander tout de go: « Est-ce que vous avez de la musique terrienne ? » Non mais, où va le monde, je vous le demande… non mais je vous le demande réellement, où va le monde ?

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Il est important pour moi de vous préciser dès à présent que dans notre histoire l’extraterrestre ne s’adresse jamais à vois haute à Christian, le lecteur peut comprendre aux remarques de Christian que celui-ci mène une discussion avec son interlocuteur mais assiste à ces échanges ponctués de silence.

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Si la curiosité est un vilain défaut, on va dire que pour Christian, celle de son nouvel ami lui a permis de susciter un nouvel engouement et une nouvelle vision de l’esprit du monde qui l’entoure. Nous voici en présence d’une oeuvre drôle, qui sent bon le français moyen, celui qui transpire gras sous le bras, celui qui tient des propos malheureux parce qu’il s’est caché trop longtemps dans son ignorance.

Il y eu Rencontre du 3e type, E.T., Alien, Men in black, Mars attack… il y aura désormais: Soucoupes.

Dans les rencontres improbables, il y a également la réédition de Rose profond, de Dionnet & Pirus aux éditions Casterman.

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rose1Rose profond, comment vous dire… Rose profond, ce n’est vraiment pas pour les enfants, oui effectivement avec sa belle couverture rose, grand format qui la fait dépasser de n’importe quel rayonnage, un personnage tellement cartoonesque qu’il capte d’un seul coup votre regard, si tout ça parle au petit garçon qui est en vous, celui qui répond, c’est bien le même petit garçon qui a lu et apprécié le Pinocchio de Winshluss. Celui qui a fait croire à mamie que Idées noires de Franquin était un album de coloriage pour les petits à partir de 5 ans.

Si en ce moment vous enchaînez Rose profond & Billy Bat, une chose est sûre, vous ne percevrez plus de la même manière la période de gloire des débuts des dessins animés américains.

rose2Malcom, est LE héros du pays rose, depuis déjà plus de 50 années, il rythme la vie de ses habitants avec ses aventures, icône de la bravoure, du combat contre l’injustice, dernier rempart contre le fascisme, Malcom a fait rêver plusieurs générations d’enfants.

rose3Mais voilà, ce soir, Malcom a envie de baiser, et ouais, elle aura beau minauder le petite Mimi, mais depuis 50 ans qu’elle lui promet le repos du guerrier tant mérité, ça fait 50 ans que rien, nada… Et Malcom va se servir, il va en prendre du rab et le réveil, ou plutôt la descente va être sévère, s’en suivra l’exil puis, la révélation et le jugement.

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Un homme de joie, t1-La ville monstre de David François & Régis Hautière, un récit en 2 tomes chez Casterman.

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Sacha Stasevytch Bujak, fraîchement débarqué d’Ukraine à New-York, c’est plein d’espoir qu’il vient tenter à son tour le rêve américain. Pour s’en approcher et franchir la douane, il avait en poche l’adresse d’un membre de sa famille qui pourrait l’héberger, mais ces belles promesses sont bien plus dures à tenir qu’à faire, et Sacha ne peut rester dormir là. Fort heureusement les réseaux communautaires se mettent souvent en place facilement et on se sert les coudes.

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Ses pas vont le mener sur des sommets, les sommets de buildings qui se développent et les chantiers c’est pas ça qui manquent, seulement, Sacha n’arrive jamais à dégoter un job. C’est au hasard d’une ballade nocturne qu’il va croiser le chemin de Tonio. Sous ses airs de dandy, Tonio trempe dans des affaires qui ne semblent pas toutes légales, cela n’empêche que maintenant, lorsque Sacha se présente sur un chantier, sa place est garantie, mais pour ça, il a fallu se syndiquer. Et oui le milieu du syndicat et celui du crime organisé ne sont pas si éloignés dans l’Amérique des années 30′. Sa rencontre avec Lena & Magda, deux perles jumelles qui égayent le monde de la nuit, ne va pas le laisser de glace,l’homme de main occasionnel qu’est devenu Sacha est tombé amoureux.

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troisieme1Julius IV, Le Troisième Testament, l’une des séries cultes des éditions Glénat est toujours en cours, avec son 4e album, le deuxième cycle en est à son avant-dernier tome. Il y avait Xavier Dorison aux commandes avec Alex Alice sur l’histoire d’origine, après un passage au dessin sur le premier tome de Robin Recht, nous apprécions le travail et sommes heureux de retrouver Thimothée Montaigne, c’est le troisième volume de la série qu’il dessine, ça déchirait tout dès le premier essai, il ne fait qu’une nouvelle fois nous confirmer son talent. Sa collaboration avec Alex Alice est une véritable aubaine pour les lecteurs, les deux hommes alliant leurs connaissances et leurs talents.

Julius, les origines du Troisième Testament prennent pieds après la mort du Christ, certains prétendent qu’il va revenir, d’autres sont persuadés que l’élu ne s’est pas encore présenté. A milieu de ces bouleversements culturels, nous avons Julius, général romain, grand conquérant et qui revient une nouvelle fois, triomphant dans les rues de Rome.

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troisieme2Trahisons, complots, ambitions… telles sont les nouvelles directives dominantes de Rome, et Julius n’y échappe pas, il est même l’instigateur de le prochaine rébellion, mais la suite des événements vont le conduire dans la pire prison de l’empire, une mine de souffre perdue au milieu du désert. Il y retrouve ce chrétien, celui qui semble intrinsèquement lié à la destinée de Julius, et si plusieurs voient en lui un meneur, tous n’ont pas la même vision de la voie qu’il doit prendre.

Ce quatrième tome va vous secouer mes beaux ! Ah çà, il va y en avoir de l’action, des révélations, on reste bouche bée à la fin de sa lecture et on se demande… on se demande.

Non franchement, Alex Alice nous sort un album pareil, tout s’écoule à un rythme idéal, on a l’impression de prendre notre temps, d’en apprendre un sacré morceau de l’histoire, de voir la destinée de chacun prendre forme, et il nous laisse là, en se disant « Mais qu’est-ce qui va bien pouvoir nous mettre dans le dernier tome ?!! ».

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Et Thim‘ mon frangin, tu sais que ce n’est pas parce que l’on est potes que je te ferais des fleurs, loin de là, mais sacré nom de dieu mon salaud ! Je reconnais que j’ai de loin une préférence pour le N&B et que les tiens sont à tomber, mais la mise en couleur ne gâche pas ton boulot. Je me suis pris une nouvelle grosse claque et le pire c’est que j’en redemande.

Duel au soleil pour Xavier Dorison

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Xavier Dorison est LE scénariste de Janvier. Avec 2 gros lancements de séries : Undertaker et Ulysse 1781. Alors le papa de Long John Silver, Sentinelles, Sanctuaire ou encore Le complexe du Chimpanzé (et j’en oublie plein d’autres) revient en force en 2015.

Je commence avec mon chouchou :

undertaker2Undertaker (Dargaud) : Xavier Dorison fait a nouveau équipe avec l’excellent Ralph Meyer qui est au top de sa forme. Après nous avoir embarqué dans un récit viking avec Asgard que je vous recommande, le duo nous emmène cette fois sous le soleil du désert américain. Ambiance western spaghetti garantie… Donc tout commence quand Jonas Crow, notre croque mort (undertaker), se fait appeler par l’un des plus grands chercheurs d’or qui a un contrat à lui proposer. Mais un contrat bien spécial… L’homme en question va lui demander de conduire la dépouille de son corps dans un lieu qui devra rester secret de tous,dès le lendemain et seule la fille de ce dernier saura où se trouve le fameux lieu. Comme notre héros n’est pas un homme de parole mais d’action, il va accepter le contrat contre un forte somme que lui remettra la fille de son commanditaire une fois le travail accompli. Une fois le contrat signé le chercheur d’or s’offre un dernier festin princier et ingurgite  toutes ses pépites d’or avant de se donner la mort. C’est à ce moment que commence vraiment l’aventure…

0OM0TITiKTJq9vuwUg5cJ2ztqG5PVGqL-page6-1200Xavier Dorison signe là un scénario très classique qui puise toute sa force et son originalité dans la construction de son personnage principal, mais aussi dans les seconds rôles qui sont très bien écrits, à l’exemple du personnage de la gouvernante chinoise un personnage haut en couleurs. Côté dessin Ralph Meyer, reste le meilleur argument de cet album. La qualité de ses 56 pages justifie à elle seule le fait que cet album doit trouver sa place dans toutes les bonnes bibliothèques de BD. Digne héritier de Jean Giraud (Blueberry) Ralph Meyer impose son style tout en marchant dans les pas des grands de la BD. Donc ne soyez pas étonnés de trouver ce récit classique, non on ne révolutionne rien avec Undertaker on nous rappelle  juste ce qui fait la marque des grandes BD. Espérons que notre croque-mort ait encore de long jours devant lui…

Ulysse

Je vous parlais de duel au soleil et pour avoir un duel il faut être 2 et la deuxième série de Xavier Dorison c’est :

UlyssecouvUlysse 1781 (Decourt) : Nous sommes toujours sur le territoire américain, mais période guerre d’indépendance. Ulysse McHendricks vient d’ailleurs de sortir victorieux de cette guerre et alors qu’il fête dignement sa victoire avec ces soldats, son fils débarque venant lui dire que le village et la femme qu’il a laissé pour partir à la guerre ont besoin de lui puisqu’ils sont tombés entre les mains d’un ignoble anglais (ce ne serait pas un pléonasme ça ? le grand libraire) . Alors que notre héros vient de finir une guerre et qu’il se voit mal reprendre une vie normale, la venue de son fils va précipiter les choses et avec ses anciens compagnons ils vont prendre la route de la maison. Mais  tout comme son homonyme grec, Ulysse aura du mal à retrouver sa route et son parcours sera semé d’embûches, dans l’ouest sauvage où mystère et chamanisme vont faire perdre le nord à notre héros et ses équipiés.

Pour cet album Xavier Dorison confit son récit au crayon de Eric Hérenguel. Le dessin nous plonge directement dans un univers très riche et dense. On pardonne même une certaine rapidité au dessinateur ou certains traits de travers tant on prend du plaisir. Le duo signe un très bon début de diptyque, qui fera plaisir aux amateurs de BD simple et efficace. Vous ne vous prendrez pas la claque de votre vie mais un bon moment de lecture c’est sûr.

Le plus gros défaut que peuvent avoir ces deux séries  est certainement la sur-médiatisation qui a été faite autour de leur sortie, à tellement vous dire que c’est génial que vous serez déçus du résultat. Donc n’en attendez pas trop mais laissez vous séduire par ces bonnes BD.

Et puisque j’ai commencé en parlant d’un duel, il faut forcement un gagnant. Donc si Jonas Crow devait rencontrer Ulysse et bien je miserais sur Jonas Crow notre Undertaker pour son coté gâchette facile et mystérieux face à un Ulysse qui mise tout sur sa force brute.

Syndrome

C’est article aurait pu se terminer là mais 2015 est vraiment l’année Dorison puisqu’il vient de sortir la suite que l’on attendait plus :

Syndrome1Le Syndrome d’Abel (Glénat) : Certaines personnes dont je fait partie avaient découvert le premier tome en 2008, puis depuis on nous a annoncé à plusieurs reprises son retour à chaque fois reporté jusqu’à ce début 2015 ou le tome 2 et 3 sont sortis en même temps (ne me demandez pas pourquoi, je ne comprends pas). Maintenant que ces petit détails éditoriaux sont réglés nous pouvons nous plonger dans ce récit complet en 3 volumes.

L’histoire est assez simple un homme qui avait plutôt bien réussi dans la vie va tout perdre lorsque sa fille va tomber malade,en l’espace de très peu de temps il va perdre sa fille, sa femme qui ne veut plus vivre avec lui et se retrouve avec une dialyse sur le dos. Et cerise sur le gâteau il va être victime d’un accident de voiture. Et c’est à ce moment que l’intrigue commence puisque notre personnage ce réveil 7 ans plus tard sans savoir ce qui lui est arrivé et lorsqu’il va chercher à reprendre contact avec des gens, ses anciens amis vont le fuir sans même être étonnés qu’il ne soit pas mort…

Si vous aimez le récit d’ambiance, vous ne serez pas déçus, tout comme dans le Protocole Pélican ou Génétiks, Marazano sait mener l’intrigue et cette fois c’est lui au crayon. dans le premier tome il nous livre un coup de crayon plein de fougue et d’énergie, puis dans le tome 2 et 3 il se rapproche plus du style de son complice de toujours Ponzio (complexe chimpanzé, Protocole Pélican…)

Si vous voulez en savoir un peu plus, attention au « spoilers » qui vont suivre. comme je vous le disais, tout est dans l’ambiance et les découvertes que l’on va faire petit à petit. Mais si vous aimez les histoire des hommes démesurément riches, qui paient des scientifiques pour mener des expérience sur l’au-delà vous allez être servis. Car si je vous disais que le sacrifice d’un homme pourrait nous permettre de savoir ce qui il y a après la mort, seriez vous prêts à sacrifier une vie, voire sacrifier la votre …

Bref si vous avez déjà aimé les autres albums de Marazano, pas de soucis foncez.

Long John Silver T.4 ou la BD la Vraie avec un Grand B

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Long John Silver – Tome 4 – Guyanacapac

Longjohnsilver4Long John Silver est ce que l’on peux déjà qualifier de BD avec un grand B, qui a et qui continuera de marquer l’Histoire du Neuvième Art. Vous êtes nombreux en librairie à nous demander. « Quelle est la BD indispensable du moment ? » ou « Quelle est la BD dont on parlera encore dans 10 ans, qui ne sera pas oubliée dans la foule des nouveautés ? » ou bien encore « Ce mois-ci je ne peux m’acheter qu’une BD, mais laquelle ? » Tant de questions légitimes auxquelles j’ai aujourd’hui une réponse : Long John Silver.

Alors si vous ne connaissez pas encore ce qui est déjà à classer parmi les trésors du 9eme art, sautez sur ce 4eme et dernier tome qui marque la fin de la saga. Quand vous lisez Long John Silver, c’est l’aventure à l’état brut, vous sentez le vent dans vos cheveux, l’air du grand large, la putréfaction des marais (!). C’est la magie des grands décors Hollywoodiens, en 2D. C’est la claque BD que tout le monde veut se prendre, aussi bien visuellement que scénaristiquement.

Longjohnsilver2Bref en quelques mots, si vous avez un tant soit peu de confiance en votre libraire, foncez. Je mets toute ma crédibilité de professionnel en jeu, sur cette série incontournable dans toutes les bonnes bibliothèques.

Si toute ma bonne foi ne vous suffit pas, je vais tenter de vous convaincre avec plus d’arguments.

L’Histoire :

Longjohnsilver3L’ouverture d’un album de Long John Silver, c’est un peu comme dans une salle de cinéma. La lumière autour de vous s’assombrit et votre regard se focalise sur l’écran (en BD c’est sur les cases), votre cœur bat de plus en plus vite au rythme du générique et là, le premier décor est planté, l’aventure peut commencer…

Le scénario est servi de main de maitre par Xavier Dorison. Pas un faux pas durant les 4 albums, des dialogues parfaits et un sens du récit unique. Vous l’aurez deviné notre héros n’est autre que Long John Silver, le Pirate de « L’île au trésor » de Robert Louis Stevenson. Les auteurs se défendent de prétendre écrire un suite au chef-d’oeuvre. Mais simplement un hommage au personnage qui a bercé leur rêve d’enfants. Si  je comprends ce parti-pris, le duo d’auteurs est beaucoup trop humble car ce que Stevenson a apporté au roman de piraterie, Matthieu Lauffray et Xavier Dorison l’ont apporté à la BD.

Layffray1C’est donc en toute humilité qu’ils nous font partager cette aventure originale de Long John Silver. Mais Long John Silver n’est pas l’unique héros de cette aventure. Car elle ne serait rien sans Lady Hasting. Une femme forte qui pensait refaire sa vie, mais qui va voir ses plans bousculés le jour où son mari perdu dans le Nouveau Monde lui envoie deux émissaires pour vendre son château et remonter une expédition. La femme ne pouvant se soustraire à son rôle devra prendre le bateau pour le rejoindre mais la belle a déjà secrètement refait sa vie et est enceinte d’un autre homme. C’est là que Long John Silver entre en jeu…

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Matthieu Lauffray, le magicien de l’aventure :

maqzoo32_ZooSi je vous est dit tout le bien que je pense de Xavier Dorison sur le scénario, le véritable magicien et enchanteur de cette tétralogie, c’est Matthieu Lauffray. Un GRAND GRAND GRAND maître du dessin et de la Bande Dessinée. Le charme de cette aventure ne fonctionnerait pas pareil sans son coup de crayon de génie. En 4 albums, il nous donne une leçon de découpage et de mise en scène, il utilise toute ses connaissances de l’univers du cinéma retranscrites en BD. Les décors sont tous plus réussis les uns que les autres, nous faisant vivre et ressentir l’histoire par tout les pores de notre peau, un frisson intérieur. Et pour arriver à cette impression que les lecteurs ont à la lecture, il faut énormément de technique. Je pourrai vous faire de longs discours sur le dessin de ce virtuose mais il vous suffit d’ouvrir un album pour comprendre.

Longjohnsilver8Matthieu Lauffray fait parti de ces auteurs qui influencent énormément les nouvelles générations. Avant, il y a eu Franquin, Hergé qui ont créé des personnages devenus mythiques, Moebius a révolutionné en son temps la BD et les année 2000 et 2010 ont été marquées par de grands dessinateurs tels que Guarnido (Blacksad), Alex Alice (Troisième Testament), Bajram (Universal War One) et Matthieu Lauffray Himself. Enormément de jeunes dessinateurs essaient de faire comme lui mais comme le dit le dicton : « Souvent copié, jamais égalé ». Il n’y a pas une recette toute faite pour accomplir du Matthieu Lauffray. Sinon tout le monde le ferait et il y aurait beaucoup d’albums à succès.

Donc bien que Long John Silver soit fini, on n’est pas prêt d’arrêter d’entendre parler de Long John Silver, déjà érigé au rang de culte.

Lauffray2Je pense que vous l’aurez compris, j’ai du mal à cacher ma « fan attitude » envers Matthieu Lauffray, mais comme libraire à force de lire des albums tous les jours, certaines fois on se demande si on perd goût à la BD ou si tout est moyen, même les bons albums ont un goût de pas assez. Et un certain jour, arrivent des albums comme Long John Silver et on retrouve foi en la BD. On redevient des enfants impatients et heureux comme tout…

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Une ambiance jazzy, épique ou dramatique pour un peu de génie

Aujourd’hui, trois albums aux couvertures sombres, « Asgard » de Xavier Dorison et Ralph Meyer (éd.Dargaud), « Lloyd Singer » T.7 de Luc Brunschwig et Olivier Martin (éd.Grand Angle) et « Nocturne » de Pascal Blanchet (éd.La Pastèque). Pour chacun d’entre eux, on peut se poser la question ô combien métaphysique : à quoi tient l’état de grâce, l’instant de génie, la félicité de la lecture ?

Une question multiple aux réponses tout aussi évanescentes. Cela tient à pas grand chose, une alchimie instable que l’on ne peut reproduire à loisir, une inspiration du moment qui ne fonctionne qu’à un moment. Regardez « Asgard » – nous ne nous étendrons pas, Romain a eu la primeur de la critique -, le scénario est-il d’une incroyable ingéniosité ? Non, il puise dans des thématiques présentes depuis la nuit des temps que Xavier Dorison modèle sur un schéma qui n’est pas sans rappeler Moby Dick. La mécanique est implacable, huilé et sans heurt. L’auteur nous démontre qu’il sait raconter une histoire avec virtuosité. S’attend-on aux événements et aux péripéties ? Oui, sans doute, mais est-ce vraiment un problème ? Que demandons-nous d’Asgard si ce n’est qu’il affronte physiquement et métaphoriquement le monstre qui terrorise le peuple dont il est issu mais qui le rejette ? N’anticipons-nous pas le trépas de victimes collatérales ou volontaires sur son chemin ? Si, mais on est emporté et on en redemande ! Le dessin de Ralph Meyer participe grandement à cette adhésion sans arrière pensée. Avec réalisme, précision et fougue, cet excellent auteur (pas suffisamment connu à mon goût) ancre le récit dans un univers et une culture, là encore mille fois arpentés, qu’il  nous fait presque redécouvrir. Et lorsque l’heure de l’affrontement sonne, il ne ménage pas ses moyens pour nous faire entrer dans son récit.

Là est peut-être la réponse : cela tient à transformer un récit de prime abord classique à un plaisir unique (c’est-à-dire qui se démarque de tout ce qui a été fait auparavant).

La plénitude consiste aussi, peut-être, à trouver le juste équilibre entre divertissement et introspection. Entre le drame familial et intime et le suspens haletant. Cette subtile harmonie est atteinte dans le tome 7 de Lloyd Singer. Dans le premier tome de ce troisième cycle, la famille Singer doit affronter ses propres démons et détisser la tragédie qu’ils ont patiemment et longuement confectionnée depuis de si longues années. L’heure n’est plus aux silences et aux compromis, tant l’instabilité mentale de chacun d’eux est profonde. Cette psychanalyse leur permettra de regarder avec lucidité ce qui s’est passé du vivant de leurs parents… Pendant ce temps, un tueur en série oeuvre dans l’ombre avec une macabre détermination. Luc Brunschwig fait mouche une fois de plus en montrant tant d’humanité dans ses personnages. Et en ne jettant pas aux orties tout ce qui suscite l’attrait d’un thriller. Equilibriste ! Quant à Olivier Martin, il relève haut la main le défi qu’aurait pu être la succession d’Olivier Neuray. Ce diptyque s’annonce très très fort.

Enfin, la grâce s’est aussi, sans doute, de pouvoir jouer avec le grand absent : le son. N’entendez-vous pas la chaude mélodie d’une voix sensuelle autant que nostalgique lorsque vous vous perdez dans les pages de « Nocturne » ? Voilà un vrai coup de coeur surprise, une petite pépite inattendue qui sort de notre tamis. Certes, l’histoire est conventionnelle et ne révolutionne pas le monde de la BD. Mais, bon sang, ici encore, quelle ambiance ! Quelle élégance dans le trait (virtuel) de Quelle chaleur, quel souffle, la moiteur de la nuit, la touffeur de l’été se perçoivent autant que le grésillement de la TSF. Les ondes vont porter tout au long de ces pages et de cette nuit la chanson d’une étoile sur le point de vaciller. Elle va être le compagnon nocturne de destins simples mais…touchant.

Voilà à quoi cela tient : une découverte de libraire…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Asgard, un vent épique et nordique souffle sur nos rayons BD

Un vent épique et nordique souffle sur la BD en ce début Mars avec le premier tome du diptyque Asgard.

Le mois de février a eu de nombreuses actualités et principalement autour du comics comme en témoigne la plupart de nos articles…

Mais le mois de Mars commence avec deux énormes pointures de la Bande dessinée moderne à savoir : Xavier Dorison et Ralph Meyer.

Xavier Dorison est le scénariste de génie a qui l’on doit déjà « Long John Silver », « Le Troisième Testament », « Sanctuaire », « W.E.S.T » et bien d’autres…

Ralph Meyer, quant à lui, a su imposer son univers graphique grâce à la trilogie « Berceuse Assassine », si ce dessinateur excelle dans le polar, il ne fait pas de doute qu’il a plusieurs cordes à son arc et pour preuve il a illustré la tétralogie « Ian », une histoire résolument SF (Science-Fiction).

Mais nos deux compères ne sont pas à leur première collaboration. Ils ont déjà signé ensemble le premier spin-off de XIII, « XIII Mystery » : la mangouste (si il n’y en avait qu’un à lire dans la collection je vous recommande celui-là).

Maintenant que les présentations sont faites, intéressons-nous à l’histoire :

Chez les Vikings les traditions sont sacrées, si un enfant nait avec une malformation, il s’agit forcement d’une malédiction des dieux. Afin de leur éviter une vie de misère, la tradition impose le sacrifice de l’enfant. Mais le père d’Asgard notre héros n’a pas eu le cœur de tuer son fils. On le retrouve 40 ans plus tard. Il vit comme un mercenaire et son passé est pour le moins trouble. Il a du faire face seul à la dureté de la vie et est devenu un chasseur hors pair. Il vit en louant ses services au plus offrant. Et le hasard fait qu’en ce moment un monstre marin terrorise les villageois et les seigneurs de guerre, qui ne peuvent plus envoyer de vaisseaux conquérir les océans. Ces derniers vont devoir faire appel à Asgard pour régler leur problème. Mais ce monstre marin ressemble à un énorme serpent de mer, ce qui n’est pas sans rappeler « le serpent-monde » qui annonce la fin du monde dans les légendes Vikings. Asgard aura-t-il raison des traditions et des légendes ou est-ce simplement le début de ce que les Vikings appellent: Ragnarök… ?

Et voilà l’aventure est lancée. Si par certains aspects cette histoire peut faire penser à Thorgal ou à Moby Dick, on se fait littéralement embarquer dans cette fresque épique grâce au dessin de Ralph Meyer. Les récits d’aventure et de fantasy sont aujourd’hui marqués par deux grands noms de la Bande dessinée moderne à savoir Alex Alice (Troisième testament, Siegfried…) et Mathieu Lauffray (Long John Silver). S’ ils inspirent tous les deux de nombreux jeunes dessinateurs, qui copient avec plus ou moins de succès, leur mise en page et leur trait, et bien ce n’est pas du tout le cas de Ralph Meyer qui a sa propre mise en scène et ne cherche pas à ressembler aux autres. Des cases magnifiques et un récit qui laissent place au talent du dessinateur. Voilà un petit chef d’œuvre du neuvième art qui je l’espère restera dans les mémoires.

Enfin, bref, si vous aussi vous voulez vous prendre la claque BD du mois de Mars, sautez sur cet album.

A noter également la ressortie pour l’occasion de l’intégrale de « Ian » la saga SF de Ralph Meyer et Fabien Vehlmann. La première intégrale était en petit format et en noir et blanc, cette fois il s’agit d’un grand format couleurs qui met en avant une très bonne saga SF injustement méconnue du grand public. C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que je vous invite à regarder cette intégrale, qui pique un peu les yeux en termes de couleurs mais qui plaira à tous les amateurs de SF et d’intelligence artificielle.